La Lumière
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Pour un contact heureux avec les personnes malvoyantes

Faites ceci, pas cela !

N’y-a-t-il personne dans votre famille ou parmi vos amis qui soit aveugle ou malvoyant ?  Non ?

Tant mieux ; mais parcourez quand même ce petit guide, car demain, le mois prochain ou peut-être même tantôt, vous rencontrerez cet homme ou cette femme à la canne blanche dans la rue, dans une gare, à une réunion ou au restaurant.

Peut-être voudriez-vous l’aider, mais vous n’osez pas, vous ne savez comment faire.

On peut-être l’aiderez-vous spontanément, mais alors si maladroitement qu’au lieu de rendre service à l’intéressé, vous lui causerez des ennuis.

De là vient l’idée de ce petit guide qui n’a aucune prétention, ni celle d’être complet ni celle de détenir la « Vérité ».  C’est un petit guide pour vous aider à seconder agréablement, adroitement et surtout humainement ceux qui en ont besoin…

Il est infiniment plus agréable de pouvoir offrir son aide que d’en avoir besoin.  Un service rendu gentiment et au bon moment devient pour les deux parties une expérience enrichissante.

Une règle d’or exige qu’on demande toujours d’abord à une personne aveugle ou malvoyante si on peut l’aider, avant de le faire…

Ainsi vous montrez que vous respectez sa liberté personnelle.  En outre, cette règle a une raison pratique.  Afin de l’illustrer, voici un exemple :

« Attendant au bord du trottoir un autobus, il m’arrive souvent d’être pris par le bras et traîné de l’autre côté de la rue, sans même avoir entendu la voix de l’inconnu « serviable ».  Si vous expliquez en vous débattant que vous ne souhaitez pas traverser, mais que vous attendez simplement le bus, il arrive même que votre inconnu soit tellement perplexe qu’il vous laisse au milieu de la rue en bredouillant de vagues excuses.  Il ne vous reste plus alors qu’à vous arranger pour retrouver sain et sauf le trottoir. »

Demandez plutôt : « Puis-je vous aider à traverser ? »  Si la réponse est affirmative, offrez votre bras : « Prenez mon bras » et traversez ensemble…

Avertissez au moment de monter ou de descendre du trottoir.

C’est lorsqu’ils montent dans un tram, un autobus ou un train, ou lorsqu’ils en descendent que les handicapés visuels sont le plus souvent aidés.  A moins que, dans la cohue, ils ne soient tout simplement bousculés par des voyants « aveugles » ; ce qui, heureusement, est assez rare.

Mais l’aide offerte est souvent si empressée et fournie par tant de volontaires à la fois, que l’aveugle est plutôt hissé dans la voiture au lieu qu’on lui laisse le moyen d’y monter normalement.  En descendant, c’est tout le contraire : le handicapé est tenu si fermement par derrière et par devant qu’il parvient à peine à descendre la marche.

Même avec les meilleures intentions, tout ceci est vraiment superflu !  Un aveugle qui voyage seul sait comment utiliser le tram, le train ou le bus.  Il suffit que vous le conduisiez à la portière de la voiture et que vous lui montriez la main courante en posant sa main dessus.  Quant aux jambes, il en a lui-même ; il peut donc monter normalement, sans être hissé comme un ballot.

Pour descendre, montrez également la poignée et laissez-le agir indépendamment.

Si vous montez ou descendez ensemble, le guide passe toujours le premier, montre la poignée ou donne la main.  Il peut également dire si la marche est haute ou basse.

Dans le cas d’une voiture, on conduit le handicapé visuel entre le véhicule et la portière ouverte et on place sa main sur le dessus de la portière.  Avec l’autre main, il sentira alors la hauteur du toit et la place du fauteuil.  C’est toute l’aide que vous devez lui offrir.

Il arrive que vous soyez dans le même tram ou le même bus qu’un handicapé visuel et que vous descendiez au même arrêt.  Vous pouvez aussi rencontrer un aveugle dans la rue qui n’avance que lentement à cause de la circulation, à cause des nombreux obstacles sur le trottoir ou simplement parce qu’il ne connaît pas l’endroit.

N’hésitez jamais à lui offrir votre aide ; ce qui ne veut naturellement pas dire qu’il faut la lui imposer.  Dites par exemple : « Je vais à la gare.  Voulez-vous faire un bout de chemin avec moi ? »  Dans l’affirmative, offrez votre bras et continuez ensemble.

Si votre offre aimable est refusée, ne soyez pas irrité.  Il y a des aveugles qui préfèrent l’indépendance à une aide qui leur faciliterait les choses.

Je ne sais pas s’ils ont raison, mais c’est en tout cas leur bon droit.  Généralement votre proposition sera acceptée avec plaisir.  Présentez toujours vous-même votre bras.  Ne prenez donc jamais l’aveugle par le bras pour le pousser devant vous.  Il est difficile de guider un aveugle de cette façon et cela lui donne un sentiment d’insécurité.

Si vous marchez bras-dessus, bras-dessous, il est inutile de dire : « et maintenant, nous tournons à gauche ou à droite ».  Le handicapé visuel sent ce mouvement et suit automatiquement.

Pour franchir une porte ou un passage étroit, le guide passe toujours le premier.  Il pousse légèrement l’aveugle en arrière avec le bras qu’il lui donne, jusqu'à ce qu’il se trouve partiellement ou complètement derrière le guide.

En montant sur un trottoir ou en descendant de celui-ci, il suffit de dire « Montez » ou « Descendez ».  Si vous avez l’habitude de sortir ensemble, il suffit parfois de donner un signal convenu, par exemple de presser le bras ou la main.  Il n’est pas nécessaire d’arrêter l’aveugle pour lui faire sentir le bord du trottoir avec sa canne blanche.

Si vous montez ou descendez les escaliers avec l’aveugle, dites-lui simplement : « Attention, nous montons un escalier » (ou nous descendons) et vous montez (ou descendez) en lui donnant le bras.  Vous pouvez aussi demander à l’aveugle s’il préfère se tenir à la rampe.  Dans ce cas, vous mettez simplement sa main sur la rampe ou vous dites : « La rampe est à votre droite » (ou à votre gauche).

En tout cas, vous l’avertissez au bout de l’escalier et au début de la volée suivante.  Si vous ne l’accompagnez pas, vous lui montrez la rampe comme indiqué ci-dessus.

Il n’est absolument pas nécessaire de compter d’abord les marches pour pouvoir le lui dire.  Dans la hâte, on se trompe presque toujours.  Si l’aveugle est seul, il sentira la fin de l’escalier avec sa canne.  Si vous l’accompagnez, ne perdez pas de temps à faire de l’arithmétique, mais annoncez-lui simplement la dernière marche.

S’il y a le choix entre un escalier ordinaire et un escalier roulant, la décision est toujours laissée à l’aveugle.  En tout cas, l’aveugle doit toujours être averti clairement lorsqu’il s’agit d’un escalier roulant.

Tout ce qui est écrit ou dit concernant les handicapés et leur indépendance a parfois comme résultat que certaines personnes, par respect pour cette indépendance, hésitent à offrir leur aide.  Même si elles voient une personne aveugle ou malvoyante en difficulté dans la rue, dans une gare ou ailleurs.

Elles le talonnent alors comme une espèce d’ange gardien, afin de pouvoir l’empêcher de se cogner à un obstacle quelconque.  Intention admirable bien sûr !  Surtout parce que ces personnes croient que l’aveugle ne s’en apercevra pas.

Dans de nombreuses circonstances, mais surtout quand il se déplace, le handicapé de la vue a tous ses sens en éveil.  Il doit ainsi compenser l’absence de vue.  Il va de soi que l’ouïe y joue un rôle prépondérant.

En un minimum de temps, il s’aperçoit qu’il a un « ange gardien ».  Loin de constituer une aide ou un élément de sécurité, cette présence gênera ses autres perceptions, et si le petit jeu dure un certain temps, cela risque de le rendre fort nerveux.  Comme dit plus haut, n’hésitez jamais à offrir aimablement vos services, mais ne jouez en aucun cas le rôle d’ange gardien.

Bien que votre intention soit bonne, vous devenez un encombrant petit diable que l’on souhaite fuir le plus vite possible.

C’est une idée fort répandue mais, néanmoins, erronée, qu’il convient en toutes circonstances de donner le plus vite possible un siège à un aveugle.

Dans le tram, le train et l’autobus, cela s’indique parce qu’en cas de coup de frein ou de choc imprévu, le handicapé visuel ne sait pas toujours trouver assez vite le point d’appui adéquat.  Cela va également de soi pour les personnes âgées et handicapées, comme cela devrait aller de soi pour toutes les personnes âgées.

Ici aussi, appliquez la règle d’or : Montrez le siège, mais laissez à l’aveugle la liberté d’en faire usage ou non, sans insister.

Mais même le simple fait de montrer un siège devient parfois une opération compliquée.  Une, voire deux ou trois personnes s’en mêlent.  L’aveugle est tourné, déplacé, poussé… tenu par un ou deux bras et finalement assis de force.

Et pourtant, c’est si simple.  Mettez la main du handicapé visuel sur le dossier : « Voici une chaise, ceci est le dossier » et immédiatement il se rendra compte de la position du siège et prendra place sans difficulté.  Ou mettez sa main sur le bras du fauteuil et dites : « Le fauteuil se trouve à votre droite » !  D’un mouvement rapide, l’aveugle déterminera la position exacte du fauteuil.

Ne dites jamais : « Il y a une chaise là » ou « Une table là-bas », ou « Là-bas, il y a un vélo contre le mur », en montrant la direction du doigt.

Ces indications sont basées sur la vue et n’ont aucune valeur pour les aveugles.

Dites plutôt : « Il y a une chaise devant vous », « une petite table à un mètre derrière vous, ou « Dix mètres devant vous à gauche, il y a un vélo contre le mur ».

En le servant à table, vous pouvez dire : « Votre verre est à gauche devant vous » ou « Il y a un cendrier près de votre main droite ».

Vous pouvez également donner un léger coup sur l’objet en question afin que l’aveugle puisse le repérer d’après le son.  Si vous lui donnez le verre en main, dites-lui où il peut le déposer : « Il y a une table basse à gauche de votre fauteuil ».

Au cours de réunions, dans les trains et les restaurants, l’aveugle est souvent aidé à se débarrasser de son manteau, de son chapeau et de sa valise : « Venez, je vais vous aider ».

Et voilà, manteau, chapeau et valise ont disparu !

Les retrouver est parfois toute une affaire ; surtout parce que l’intéressé ne sait souvent pas de quelle couleur est l’objet en question.

Il vaut mieux laisser l’aveugle placer lui-même ses affaires.  Si vous l’aidez, dites-lui : « Votre manteau pend au premier crochet près de la porte » ou « Votre valise est dans le filet au-dessus de vous. »

En parlant à un aveugle, beaucoup de gens n’osent pas employer des mots comme « voir, regarder, aveugle ou cécité ».  Ils disent alors : « Mon oncle est aussi… eh, eh… comme ça » ou « Ma grand-mère avait ça aussi ».

S’ils emploient accidentellement le mot « voir » et s’en aperçoivent, il arrive qu’ils perdent le nord.

Ils se mettent à bégayer ou se confondent en excuses : « Oh ! pardon… excusez-moi… je n’y avais pas pensé », etc.

Et cela tandis que beaucoup d’aveugles racontent souvent eux-mêmes des plaisanteries sur leur handicap.  Ils emploient et entendent le mot « aveugle » comme n’importe quel autre mot.  Ils emploient le mot « voir » ou des mots analogues pour exprimer leur façon spécifique de voir : sentir, tâter, toucher, etc.  « J’ai lu ce livre » (en braille par exemple).  « J’ai vu (senti, tâté) un joli bibelot ».  « Oui, j’ai vu (entendu) ce film ».

Vous pouvez donc dire sans crainte à un aveugle : « Voulez-vous voir ce modèle ? », tandis que vous lui mettez en mains l’objet en question, bouteille, vêtement ou autre.  Employez les mots aveugle ou cécité s’ils se présentent dans la conversation.

Mais il est naturellement de fort mauvais goût de dire : « Vous êtes aveugle ?...  Tout à fait ?...  Vous ne voyez donc rien ?... Oh, que c’est terrible !...  Etes-vous né ainsi ?... D’une maladie ?...  D’un accident alors ?... etc. »

Et n’oubliez surtout pas que les aveugles sont bien aveugles mais pas du tout sourds et que des remarques « chuchotées » comme : « Je trouve ça le plus terrible mal du monde ! » ou « Je préférerais être mort ! » risquent de ne pas leur échapper.  Bien sûr, vous pouvez le penser et même y consacrer une petite méditation, mais généralement, les aveugles mêmes en pensent tout autre chose.

Dans la rue, dans le train, au cours d’une réunion… quelqu’un arrête un aveugle ou lui tape sur l’épaule : « Bonjour, Monsieur X…  Comment allez-vous ?... » ou, pire encore : « Devinez qui je suis ?... »

En général, les aveugles ont une bonne mémoire auditive.  Mais de là à supposer qu’ils reconnaissent une voix après n’avoir entendu, à brûle-pourpoint, que deux ou trois mots, et encore à un moment où ils doivent se concentrer sur un tas d’autres perceptions…

D’ailleurs, cela ressemble un peu à un jeu pour bébés : « Montre nous qui est maman ! »

Si vous n’êtes pas un membre de la famille ou du proche entourage d’un aveugle, quelqu’un dont il reconnaît immédiatement la voix, présentez-vous spontanément : « Bonjour, Monsieur X.  Je suis Y. »

Si votre dernière rencontre ne date pas d’hier, ou si la personne non ou malvoyante risque de ne pas se rappeler votre nom (on se rappelle plus facilement un visage qu’un nom), ajoutez-y une petite explication : « Vous vous rappelez, nous nous sommes rencontrés là et là ».

Il n’est pas possible de saluer les handicapés visuels d’un signe de la tête ou de la main, comme cela se fait souvent avec d’autres connaissances.

Néanmoins, ils aiment également être intégrés dans cet aspect de la vie communautaire.  Le signe de la tête ou le geste de la main doit donc être remplacé par quelques mots : « Bonjour, Monsieur X… C’est l’agent de quartier », afin que l’aveugle sache que c’est lui que l’on salue et de qui vient le salut.

Il n’est pas rare que les aveugles accompagnés entendent des phrases comme celles-ci : « Madame, est-ce que Monsieur veut boire quelque chose ? »  ou « Mademoiselle, est-ce que Monsieur peut signer lui-même ? », ou « Madame, est-ce que Monsieur veut s’asseoir ? »

On parle donc au guide au lieu de s’adresser directement à l’aveugle ; ce qui amena un jour une dame à répondre en riant : « Vous pouvez parfaitement le lui demander personnellement, il n’est pas dangereux !... »

On est tellement habitué en s’adressant à quelqu’un d’entrer d’abord en contact avec les yeux que, quand ce contact est absent, on se sent perdu et on s’adresse au guide.

Cela est compréhensible mais n’en est pas moins fautif.  On traite ainsi la personne non ou malvoyante en mineur.

Si vous voulez lui offrir quelque chose, appelez-le par son nom si vous le connaissez ; touchez-le si vous ne le connaissez pas, ainsi il saura que c’est à lui que vous vous adressez.  Par exemple, en groupe : « Monsieur X, voulez-vous une cigarette, un verre, un biscuit ? »

N’oubliez pas de nommer les différentes possibilités de choix, s’il y en a.

Ensuite, placez ce qu’il a choisi là où il peut facilement l’atteindre ou mettez-le lui en main.

Mais ne lui présentez pas un plateau plein de verres, car le risque est grand qu’en prenant le sien, il en renverse quelques-uns, étant donné qu’il ne s’attendait pas à un plateau encombré.

Il vous est peut-être déjà arrivé de parler à quelqu’un qui avait déjà quitté la pièce.  Vous en avez sans doute ri ou vous vous êtes irrité de votre manque d’attention.

Le cas est différent pour les aveugles et les malvoyants.  Dans la rue, avec le bruit de la circulation, dans une chambre avec des tapis et où joue la radio, dans un café bruyant, dans un groupe, etc., il leur est parfois impossible de savoir si leur interlocuteur est encore présent.

Il arrive donc qu’un aveugle parle à une chaise vide.  Au bout d’un temps, il le remarquera mais ce n’est pas une sensation agréable.

Avertissez-le donc toujours en le quittant et éventuellement aussi en revenant ; sinon vous serez peut-être déjà revenu depuis longtemps alors qu’il croira que vous êtes encore absent.

Et rappelez-vous également qu’un aveugle s’attend à une réponse parlée ; un sourire aussi gentil qu’il soit, un signe de la tête, ne servent à rien.

Beaucoup de gens croient que, quand ils sont en compagnie d’un aveugle, ils doivent lui parler sans arrêt : « Sinon il ne sait pas que je suis encore là… » ou « Il n’a quand même rien pour s’occuper ».

Quoique bien intentionné, ce bavardage peut devenir très irritant.  Comme dans toute conversation, il peut y avoir des moments de silence.  D’ailleurs l’aveugle compte bien que vous ne le quitterez pas sans l’en avertir.

Quant au fait de ne pas voir son entourage, sachez que le non voyant est souvent mieux informé qu’on ne le croit généralement, grâce à de nombreuses autres perceptions.

Vous comprendrez assez vite par ses questions s’il souhaite une description détaillée ou superficielle.  Ne la lui imposez donc pas.

Il est par contre utile de mentionner spontanément des choses extraordinaires ou inhabituelles, par exemple : « Cet escalier roulant est hors de service », même s’il n’en a pas besoin à ce moment-là.  Ou : « Il y a un nouveau magasin de vêtements au coin de cette rue ».

Ces informations peuvent lui être utiles plus tard.

Si vous aidez un handicapé visuel à entrer dans un magasin, conduisez-le près d’un vendeur ou d’une vendeuse qui pourra s’en occuper.  Si vous avez plus de temps, conduisez-le au rayon souhaité.

Si l’aveugle sait exactement ce qu’il veut, il achète l’objet sans plus.  S’il veut d’abord voir ce qu’il y a, mettez-lui quelques objets en mains pour qu’il puisse les palper.  Il pourra ainsi se faire une idée de la forme, du format et de la qualité.

Décrivez-lui la couleur, le dessin, etc.  N’hésitez pas à lui dire, par exemple : « Si je puis me permettre de vous le dire, cette couleur ne vous convient vraiment pas ».

Si, en payant, l’aveugle ne dit pas le montant qu’il vous donne, dites-le vous-même : « Vous me donnez 50,00 euros ».

En général, il sait très bien ce qu’il donne, mais une erreur est toujours possible et vous éviterez ainsi une discussion pénible.

Il est également souhaitable, en payant ou en changeant de l’argent, de le compter dans la main de l’aveugle, vous lui éviterez ainsi la difficulté de le ramasser.

Oui, en effet !  C’est également une nécessité très naturelle pour les handicapés visuels.

Si vous êtes un peu gêné (et au fond, pourquoi ?) quand un aveugle vous demande de l’aide pour aller aux toilettes, pensez qu’il est bien plus pénible encore de devoir demander cette aide.

Si vous êtes du même sexe que l’aveugle et si vous vous trouvez dans un établissement public, vous pouvez entrer ensemble et demander l’assistance du personnel.  S’il y a un urinoir et un cabinet, dites-le à la personne non ou malvoyante, et laissez-lui le choix.  S’il choisit l’urinoir, indiquez-lui de quelle espèce il s’agit.

Avant l’emploi du WC, inspectez-en la propreté et montrer le papier et la chasse d’eau.

Si vous avez le temps d’attendre dehors, montrez-lui le lavabo, le savon, l’essuie ou le sèche-mains.  Si c’est nécessaire, n’hésitez pas à lui dire : « L’essuie-mains est très sale.  Vous feriez mieux d’employer votre mouchoir ».

Agissez avec tact, comme vous aimeriez être traité vous-même.

Fermez donc la porte du WC ou éloignez-vous de quelques pas de l’urinoir.  « Cela va de soi ! », direz-vous.  Oui, mais cela n’est pas toujours fait.

Si l’aveugle est de l’autre sexe, demandez l’assistance du personnel ou d’un(e) autre client(e). 

S’il n’y a personne d’autre, agissez de façon naturelle et normale, comme indiqué ci-dessus.

Bien que des inventeurs travaillent à différentes machines à lire, cela durera encore pas mal d’années avant qu’elles ne soient utilisables et surtout, financièrement accessibles.

Entretemps, l’aveugle dépend pour beaucoup de choses de la lecture à haute voix.  La lecture en braille, sur cassettes ou sur CD, aussi étendue qu’elle soit, n’est qu’un aspect de ce problème.

Le côté le plus pénible de cette dépendance est la lecture de lettres personnelles ou de documents financiers.  En lisant de telles choses, le tact et la discrétion la plus complète sont de rigueur.  Lisez lentement et clairement.

Regardez toujours si l’enveloppe ne donne aucune indication sur l’expéditeur.  Cela pourrait peut-être décider l’aveugle à faire lire cette lettre par quelqu’un d’autre.

N’ouvrez jamais l’enveloppe sans sa permission formelle.  S’il s’agit de questions financières, sans que cela ait été indiqué sur l’enveloppe, dites-le avant d’en commencer la lecture.

S’agit-il d’une lettre personnelle, lisez d’abord le nom du signataire.  L’aveugle peut alors encore décider de la faire lire ou non.

Ne lisez jamais la lettre pour vous, pour dire ensuite laconiquement : « C’est un tel, qui dit ça et ça » ou « ce n’est que de la réclame », sans même dire de quelle réclame il s’agit.

Ne vous permettez jamais de faire des commentaires ou des observations sur le contenu ou l’expéditeur, à moins qu’on vous le demande.

N’oubliez surtout pas que votre tâche se borne uniquement à remplacer les yeux de votre ami aveugle ou amblyope.

Pour la lecture en général, mais surtout pour la lecture de journaux, périodiques, etc., ce qui vous paraît intéressant, important ou amusant n’a aucune importance.  Lisez simplement tous les titres, l’aveugle vous dira bien ce qu’il voudrait entendre.

N’entrecoupez pas votre lecture par des exclamations et des commentaires, cela est très gênant.

Deux mots qui ne sont sans doute plus très appréciés, mais qui ont beaucoup d’importance pour les personnes aveugles ou malvoyantes.

C’est une des règles de base à respecter s’ils veulent garder leur indépendance : chaque objet a sa place déterminée et doit pouvoir y être trouvé.

Remettez tout là où vous l’avez trouvé.  Si vous ne le savez plus, demandez-le à l’aveugle ou laissez-le remettre lui-même l’objet en place.

Cela est de la plus grande importance, surtout pour les non et malvoyants qui habitent, voyagent ou travaillent seuls.

Faites attention aux portes des pièces et des armoires.  Les portes de la maison doivent être soit complètement ouvertes, soit fermées.  Les portes des armoires doivent toujours être fermées.  Ne laissez pas traîner de seaux, brosses, poubelles, etc., aux endroits où un aveugle passe régulièrement.

La ponctualité a beaucoup d’importance pour les rendez-vous, les visites, etc.  Les minutes semblent interminables quand on attend sans rien voir et sans rien faire, c’est une cause de nervosité et de tension inutile.

Nous voilà arrivés à la fin de nos « petits conseils », aussi incomplets qu’ils soient.

Si à votre prochaine rencontre avec quelqu’un « du monde des aveugles », vous vous sentez un peu moins hésitant ou maladroit, le but sera atteint.

Car, en vérité, « le monde des aveugles » n’existe pas.  Ils vivent dans votre monde…, dans notre monde.  Même s’ils le vivent d’une façon différente, avec leurs moyens et leurs possibilités, qui sont généralement plus grands qu’on ne le suppose.

Un dernier mot…  On entend parfois : « J’ai essayé un jour d’aider un aveugle… il m’a rabroué.  Cela ne m’arrivera pas deux fois. »  Cela peut malheureusement se produire : les personnes non et malvoyantes sont des gens comme les autres, avec leurs qualités et leurs défauts.  N’avez-vous jamais été traité brutalement ou sans tact par des valides auxquels vous vous adressiez gentiment ?  La reconnaissance discrète avec laquelle la grande majorité des handicapés de la vue acceptera et appréciera votre aide vous fera oublier cette malheureuse exception.

« On ne voit bien qu’avez le cœur.  L’essentiel est invisible pour les yeux. » (A. de Saint-Exupéry)

 

Ces conseils ont été rédigés par QUO NON ASCENDAM qui nous a aimablement accordé l'autorisation de les publier.